Considéré comme le premier DVJ français, vous avez produit une cinquantaine de vidéo-clips de films où la musique et l’image ont une synchronisation signifiante. Avec-vous le sentiment de militer pour rendre l’art virtuel plus accessible au public?

Par principe, je prends des images qui existent déjà (des images de films) pour les faire revivre et les montrer à un public qui ne serait pas naturellement amené à voir ces images. A travers mes cinémix, j’essaye de rendre accessible ces films au public.

En outre, mon travail a beaucoup évolué en étudiant l’œuvre de McLaren, un grand cinéaste d’animation des années 40, lui-même assez engagé. Cela m’a donné envie d’être plus impliqué, et de faire passer un message à un public élargi.

Vous vous présentez comme un “DJ audiovisuel » et un « réalisateur DJ ». Quelles sont les différences dans votre démarche artistique?

J’ai commencé comme DJ. Puis, par la force des choses, j’ai réalisé de plus en plus de performances audiovisuelles, notamment pour optimiser la vente des disques. Pour mon disque « Cinémix », j’ai remixé des films sur de la musique remixée, créant un double remix en quelque sorte.

Aujourd’hui mon travail tend de plus en plus vers la création de vidéoclips pour mixer de la musique avec de l’image, ce qui fait de moi plutôt un « réalisateur DJ ». Dans mes créations, son et image sont intimement liés l’un à l’autre et ne sont pas interchangeables. Le beat gouverne les images qui sont recalées en fonction.

Vos inspirations sont-elles d’abord musicales avant d’être cinématographiques ?

Elles sont d’abord musicales, mais pas seulement. J’ai une passion pour l’iconographie des pochettes vinyles et le rock psychédélique des années 60. Cela m’a fait évoluer vers tout ce qui a trait avec les couleurs de cette époque, et par extension, la nature, l’écologie… Je me suis inspiré de l’esthétique puis du cinéma de cette époque.

Aussi, en tant que DJ de musique électro, j’ai été beaucoup influencé par la culture rave rock soul des années 60 et du Hip hop des années 80.

Comment se déroule le travail d’écriture de vos « cinéclips » ?

Cela dépend. Je travaille souvent à partir d’archives vidéo. Il y a d’abord un travail d’analyse, pour savoir si l’image est accompagnée de son (distinct de la musique) ou non. C’est souvent très rare, du fait de la qualité souvent mauvaise de ces archives. S’il n’y a pas de son, je dois chercher d’autres recours car la musique doit absolument correspondre aux images auxquelles elle est associée.

Parfois je recherche et travaille les images en fonction des projets. Récemment, j’ai répondu à une commande de l’Union Européenne sur le monde du travail. Pour « Art et restructuration », j’ai reconstitué une histoire à partir d’une douzaine de films.

Ensuite il faut faire correspondre une musique sophistiquée à l’atmosphère du film tout en faisant en sorte que cela soit le plus dansant et entrainant possible. Et ce n’est pas toujours facile.

Croyez-vous que le développement de la pratique de VJing soit lié à une tendance à « sensationnaliser » les concerts et performances live ? Une conséquence de la transformation de l’industrie musicale, ou plutôt de la profusion de vidéos et de musiques que permet Internet et le remix d’œuvres digitales ?

C’est certain qu’accompagné de vidéo, le live est beaucoup plus sensationnel, si cela est bien fait. Aujourd’hui avec Internet et le numérique, la quantité d’images disponibles est très riche et infinie. J’ai commencé en 2003 et cela a beaucoup évolué depuis. C’est pour moi très excitant de vivre cette époque.

Jaïs Frédéric Elalouf réalisera une performance live lors du concert VJing « Remixons le domaine public! » du MashUp Film Festival le samedi 15 Juin à partir de 22 heures.

http://www.oof.cx/

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